LDN (naltrexone à faible dose) : ce que la science dit pour la douleur et la fatigue chronique
Dans les groupes de soutien autour du Covid long et de la fibromyalgie, le LDN est omniprésent. Certains rapportent des changements importants. D'autres n'ont rien ressenti. Voici ce que les données scientifiques permettent réellement de dire — et comment décider si ce sujet mérite une conversation avec votre médecin.
Vous souffrez de douleurs chroniques ou d'une fatigue rebelle et vous avez entendu parler de la naltrexone à faible dose sans trouver d'information fiable sur ce qu'elle fait vraiment.
🔍 L'essentiel en 4 points
La faible dose active des mécanismes distincts de la naltrexone standard : modulation de la neuroinflammation via TLR4 et rebond endorphinique.
Les premiers petits essais sont positifs, mais les essais plus récents sont hétérogènes, dont un essai n=99 négatif sur la douleur.
Les données observationnelles restent préliminaires. L'essai canadien NCT05430152 est terminé, sans résultats publiés à ce jour.
Aucune spécialité commerciale. Ordonnance médicale + pharmacie de préparation. Contre-indiqué avec tout traitement opioïde.
Ce que vous avez peut-être déjà entendu
📋 ContexteLe LDN est une piste discutée dans les maladies chroniques, mais ce n'est pas un médicament miracle. Il existe de vrais signaux positifs, avec beaucoup d'incertitudes qui méritent d'être expliquées honnêtement.
Voir le détail ↓Dans les espaces dédiés au Covid long, à la fibromyalgie ou au syndrome de fatigue chronique, le LDN revient régulièrement. Des témoignages parlent de changements notables sur la douleur, l'énergie ou la clarté mentale. D'autres rapportent une absence totale d'effet après plusieurs mois d'essai.
Cette variabilité n'est pas une anomalie. Elle reflète une réalité scientifique : ces pathologies ne sont pas homogènes, et une intervention qui cible un mécanisme précis ne peut pas fonctionner de la même façon chez tout le monde. Le médecin américain Robert Groysman, spécialisé dans le Covid long, formule cette logique de façon directe : avant d'envisager toute intervention, la première question à poser est « est-ce que ça cible mes mécanismes spécifiques ? » Le LDN a du sens si une composante inflammatoire chronique est présente. Il l'a moins si le tableau clinique est dominé par une dysautonomie pure sans inflammation documentée.
Cet article ne cherche pas à valider ou invalider votre expérience. Il cherche à vous donner le cadre scientifique pour avoir une conversation éclairée avec votre professionnel de santé.
Naltrexone standard vs faible dose : deux usages pharmacologiques
✅ Pharmacologie établieLa naltrexone standard et le LDN partagent la molécule, mais pas la dose, le contexte ni l'hypothèse pharmacologique. Le LDN (1,5 à 4,5 mg) repose sur un blocage plus bref, suivi d'une possible adaptation du système opioïde endogène. Le mécanisme est plausible, mais il reste discuté.
Voir le détail ↓La naltrexone est un antagoniste opioïde commercialisé depuis les années 1980, à la dose de 50 mg par jour, pour le traitement de la dépendance aux opioïdes et à l'alcool. À cette dose, elle bloque durablement les récepteurs opioïdes µ. C'est son usage autorisé en France (spécialités Naltrexone Viatris® ou Naltrexone Accord®, selon disponibilité).
La naltrexone à faible dose — entre 1,5 et 4,5 mg par jour, soit 10 à 30 fois moins — est utilisée dans un cadre très différent. Le blocage des récepteurs µ est supposé plus bref et pourrait être suivi d'une réponse compensatrice du système opioïde endogène, avec production accrue d'endorphines et d'enképhalines. C'est une hypothèse pharmacologique cohérente, mais ce mécanisme n'est pas une preuve d'efficacité clinique.
L'autre mécanisme proposé, non opioïde celui-là, est l'antagonisme des récepteurs TLR4 (Toll-like receptor 4), très présents sur les cellules microgliales du système nerveux central. C'est ce mécanisme qui nourrit l'intérêt actuel pour les maladies inflammatoires chroniques, mais les données humaines restent indirectes.[8]
La fenêtre dite « LDN » est généralement située entre 1,5 et 4,5 mg. Au-delà, le blocage opioïde devient plus prolongé et l'extrapolation des mécanismes observés à faible dose devient fragile. C'est une fenêtre empirique, pas une garantie d'effet.
Le LDN n'a aucune autorisation de mise sur le marché pour la fibromyalgie, le Covid long ou le ME/CFS. Son utilisation dans ces indications est un usage hors AMM, ce qui implique que la décision de prescription relève d'un médecin ayant évalué le rapport bénéfice/risque individuel.
Comment le LDN agit sur l'inflammation et la douleur
🔬 Données mécanistiques (in vitro / animal)Les mécanismes proposés du LDN restent surtout précliniques : ils expliquent une plausibilité, pas une réponse individuelle. Le LDN pourrait réduire l'activité des cellules immunitaires du cerveau et modifier la signalisation opioïde endogène, sans permettre de prédire l'effet chez une personne donnée.
Voir le détail ↓La microglie est la cellule immunitaire résidente du système nerveux central. Quand elle est chroniquement activée — phénomène suspecté ou observé dans certaines études sur la fibromyalgie et le Covid long — elle peut produire des cytokines pro-inflammatoires comme l'IL-1β, l'IL-6 et le TNF-α, ainsi que des radicaux libres. Ce phénomène est souvent décrit comme une neuroinflammation de bas grade.
Le LDN pourrait intervenir sur ce cercle, mais la preuve reste surtout préclinique. Des travaux en culture cellulaire (lignée BV-2 de microglie) ont montré que la naltrexone à faible concentration bascule la microglie d'un phénotype M1 pro-inflammatoire vers un phénotype M2 anti-inflammatoire.[9] Ce switch s'accompagne d'un changement métabolique : passage de la glycolyse anaérobie (typique de la microglie activée) vers la phosphorylation oxydative mitochondriale, via la modulation de la voie mTOR/S6K.
Sur modèle animal (rat EAE, modèle de sclérose en plaques), le (+)-naltrexone — un énantiomère non-opioïde pur — a prévenu l'augmentation de marqueurs inflammatoires hippocampiques (TLR2, TLR4, NLRP3, IL-17, Iba1) et les déficits cognitifs associés.[10]
Ces données mécanistiques sont cohérentes et bien documentées. Elles ne constituent pas une preuve d'efficacité clinique, mais elles fournissent une base biologique plausible pour les observations cliniques.
Fibromyalgie : le dossier le plus fourni, mais pas tranché
📊 Signal clinique hétérogèneLa fibromyalgie est l'indication où le dossier est le plus fourni, mais les résultats cliniques restent contradictoires. Les premiers petits essais étaient favorables, mais des essais randomisés plus récents n'ont pas confirmé clairement une supériorité sur la douleur.
Voir le détail ↓L’étude historique dans la fibromyalgie est un essai randomisé croisé en double aveugle contre placebo conduit à Stanford par Younger et al., publié en 2013 dans Arthritis & Rheumatism.[1] Trente et une femmes atteintes de fibromyalgie ont reçu 4,5 mg/j de naltrexone ou placebo dans un protocole croisé.
Résultat principal : une réduction de la douleur de 28,8 % dans le groupe LDN contre 18 % dans le groupe placebo (p = 0,016). La qualité de vie générale et l'humeur se sont également améliorées de façon significative. La fatigue et le sommeil n'ont pas atteint le seuil de significativité.
Depuis, le dossier s'est complexifié. Un essai croisé randomisé publié en 2023 chez 58 personnes n'a pas retrouvé d'effet antalgique cliniquement pertinent du LDN 4,5 mg versus placebo.[13] L'essai FINAL, publié en 2024 dans The Lancet Rheumatology, a randomisé 99 femmes sous naltrexone 6 mg ou placebo pendant 12 semaines : la différence sur la douleur n'était pas statistiquement significative.[14]
Une étude prospective ouverte publiée dans Current Rheumatology Reviews a apporté des données complémentaires en pratique réelle, surtout utiles pour la tolérance et la faisabilité.[2] Un cas clinique avec suivi sur deux ans, publié en 2025 dans Cureus, documente une amélioration soutenue d'une fibromyalgie sévère réfractaire aux traitements standards, mais un cas isolé ne permet pas d'inférer une efficacité générale.[3]
Une méta-analyse de 2025 incluant cinq essais randomisés estime un effet favorable moyen sur la douleur, sans signal de toxicité grave, mais conclut elle aussi à la nécessité d'essais supplémentaires plus robustes.[15] La revue internationale Cureus note que le LDN à 2,5–4,5 mg/j présente des bénéfices analgésiques et anti-inflammatoires potentiels dans la fibromyalgie, tout en soulignant que des études plus larges restent nécessaires.[4]
L'ensemble des données suggère un effet possible du LDN sur la douleur dans la fibromyalgie, mais les résultats des essais ne sont pas concordants. Les études positives sont petites ; les essais plus récents sont moins favorables sur le critère douleur. On ne peut pas parler de traitement validé : on peut parler d'une piste hors AMM, documentée mais incertaine, à discuter avec un médecin.
Covid long : un signal prometteur sous surveillance
⏳ Signal préliminaire — données sans contrôleDans le Covid long, le signal LDN est intéressant mais encore observationnel, donc insuffisant pour conclure. Quelques études suggèrent un effet possible sur la fatigue et les troubles cognitifs ; l'essai randomisé canadien est terminé, mais ses résultats ne sont pas encore publiés.
Voir le détail ↓L’étude la plus citée dans le Covid long est celle d'O'Kelly et al., publiée en 2022 dans Brain, Behavior, & Immunity – Health.[5] Cinquante-deux personnes atteintes de Covid long (77 % de femmes, âge médian 43 ans, durée médiane depuis le Covid : 333 jours) ont reçu du LDN pendant deux mois, en escalade de dose (1 mg puis 2 mg). Résultat : une amélioration significative sur 6 des 7 paramètres évalués — énergie, douleur, concentration, sommeil, capacité à réaliser les activités quotidiennes. L'humeur n'a pas atteint le seuil de significativité.
Limite majeure de cette étude : pas de groupe contrôle. L'amélioration observée ne peut pas être distinguée d'un effet placebo, d'une évolution naturelle de la maladie, ou d'un effet Hawthorne (le fait d'être suivi améliore les résultats déclarés). La dose maximale atteinte (2 mg) est inférieure à celle utilisée dans les études fibromyalgie (4,5 mg).
Un survey transversal conduit à la Mayo Clinic en 2024 (n = 536 personnes atteintes de Covid long) rapporte que 58 % des 77 utilisateurs de LDN l'ont jugé « aidant ».[6] C'est un signal intéressant, mais un survey auto-déclaré sans contrôle a une valeur épidémiologique limitée.
Une revue publiée dans Viruses en 2024 positionne le LDN comme le deuxième signal après la metformine parmi les approches non-antivirales, tout en soulignant l'absence d'essais robustes.[7]
ME/CFS : trop peu de données pour conclure
📋 Données insuffisantesDans le ME/CFS, l'absence d'essais contrôlés empêche de recommander le LDN comme traitement établi. Quelques témoignages positifs existent, mais les données sont trop limitées pour tirer une conclusion clinique robuste.
Voir le détail ↓Pour le syndrome de fatigue chronique / encéphalomyélite myalgique (ME/CFS), les données disponibles se limitent à une série de trois cas publiée en 2020 dans le BMJ Case Reports.[12] Les auteurs, eux-mêmes personnes malades, rapportent des réponses très hétérogènes : de « un changement de vie » à une réduction partielle de quelques symptômes seulement. Les doses utilisées variaient de 4 à 12 mg, ce qui sort du cadre LDN pour le dosage haut.
Le ME/CFS partage avec le Covid long plusieurs mécanismes biologiques (neuroinflammation, dysfonction mitochondriale, activation microgliale). La cohérence mécanistique avec le mode d'action du LDN est réelle. Mais l'absence totale d'essai clinique contrôlé dans cette population spécifique rend toute conclusion impossible. Les auteurs eux-mêmes concluent que des essais sont nécessaires.
Profil de sécurité et praticabilité en France
✅ Profil de sécurité bien documentéLe LDN semble globalement bien toléré à faible dose, mais son accès en France impose ordonnance et préparation magistrale. Les effets secondaires les plus fréquents apparaissent au début et s'estompent souvent ; l'association avec des opioïdes reste le point de vigilance majeur.
Voir le détail ↓Le LDN nécessite une ordonnance médicale et une évaluation individuelle du rapport bénéfice/risque. Trois points non négociables :
① Opioïdes : toute association avec un opioïde doit être arbitrée médicalement. Les morphiniques de palier III, les agonistes-antagonistes et les traitements de substitution (buprénorphine, méthadone) sont contre-indiqués ; la codéine, la dihydrocodéine et le tramadol sont des associations déconseillées car l'effet antalgique peut être bloqué et un sevrage peut être précipité chez une personne dépendante.[17]
② Foie et rein : hépatite aiguë, insuffisance hépatocellulaire sévère ou insuffisance rénale sévère sont des contre-indications dans le RCP de la naltrexone 50 mg.[17]
③ Préparation artisanale : diluer soi-même des comprimés à 50 mg est dangereux (dosage non homogène, risque de surdosage). La préparation magistrale en pharmacie est la seule voie sûre.
Cette information est éducative — la décision appartient à votre médecin.
Effets indésirables connus
À faible dose, le LDN est généralement bien toléré. Les effets indésirables les plus fréquents, rapportés dans les études, sont transitoires et dose-dépendants : troubles du sommeil (insomnie, rêves vivaces) surtout en début de traitement, légères nausées, parfois fatigue initiale. Prendre la dose le matin réduit l'impact sur le sommeil pour la plupart des personnes. Ces effets s'estompent généralement dans les 2 à 4 premières semaines.
Contre-indications absolues
La vigilance la plus importante concerne les opioïdes. Les morphiniques de palier III (morphine, oxycodone, fentanyl), les agonistes-antagonistes et les médicaments de substitution aux opiacés (buprénorphine/Subutex®/Suboxone®, méthadone) sont contre-indiqués avec la naltrexone. Les opioïdes de palier II comme la codéine, la dihydrocodéine et le tramadol sont des associations déconseillées, notamment parce que l'effet antalgique peut être diminué et qu'un sevrage peut être précipité chez une personne dépendante. Le nalméfène (Selincro®) est également contre-indiqué en association.[17]
Les personnes présentant une hépatite aiguë, une insuffisance hépatocellulaire sévère ou une insuffisance rénale sévère ne doivent pas utiliser la naltrexone selon le RCP des spécialités à 50 mg.[17]
Accès en France : préparation magistrale uniquement
Il n'existe en France aucune spécialité commerciale de naltrexone à faible dose. L'accès passe par une préparation magistrale, réalisée dans une pharmacie disposant d'un laboratoire de préparation conforme aux Bonnes Pratiques de Préparation de l'ANSM. Tout médecin peut prescrire (aucune restriction de spécialité), sur ordonnance standard ou sécurisée selon les pratiques locales.
La titration habituelle débute à 0,5 mg ou 1 mg par jour, avec des paliers de 2 à 4 semaines jusqu'à la dose cible (souvent 3 à 4,5 mg selon la tolérance et le prescripteur). Le coût est typiquement de 30 à 60 €/mois selon la pharmacie et la forme galénique. En pratique, les gélules et certaines formes liquides préparées en pharmacie sont les options les plus discutées.
Certaines personnes tentent de diluer des comprimés à 50 mg dans de l'eau ou du jus d'orange pour obtenir leur propre LDN. Cette pratique est dangereuse : la distribution du principe actif dans le liquide n'est pas homogène, exposant à des sous-dosages ou des surdosages. Le dosage au milligramme requiert une balance analytique à trois décimales et un environnement contrôlé. La sécurité d'un médicament ne s'improvise pas.
👁️ L'œil du Docteur en pharmacie — Réglementation et interactions
La naltrexone figure dans le tableau des associations contre-indiquées des médicaments de substitution aux opiacés (Suboxone®, Subutex®, buprénorphine générique, méthadone) publié par l'Ordre national des pharmaciens. Le mécanisme est un antagonisme compétitif au niveau des récepteurs µ, provoquant un syndrome de sevrage précipité si un opioïde est présent dans l'organisme.
En dehors des opioïdes, les interactions cliniquement significatives sont rares. Les antidépresseurs de type ISRS/IRSN (duloxétine, milnacipran, souvent prescrits dans la fibromyalgie) ne sont pas contre-indiqués. La prégabaline (Lyrica®) non plus. Une surveillance hépatique initiale est prudente, la naltrexone étant métabolisée par le foie (bien que les données à faible dose soient rassurantes).
Pour les personnes en cours de suivi pour une dépendance aux opioïdes : le LDN est contre-indiqué. Pour les personnes qui prennent de la codéine, du tramadol ou un autre opioïde prescrit : ne pas arrêter seules. Le RCP de la naltrexone à 50 mg mentionne une période suffisante d'arrêt des opioïdes, de l'ordre de 7 à 10 jours, et d'au moins 10 jours pour la méthadone, avec vérification médicale.
Pour quel profil en discuter avec son médecin ?
⚖️ Raisonnement cliniqueLe LDN se discute surtout si le tableau évoque douleur, fatigue ou neuroinflammation, jamais comme automédication. Ce n'est pas une solution universelle, et cela ne remplace pas une prise en charge globale.
Voir le détail ↓La question n'est pas « est-ce que le LDN marche ? » mais « est-ce que le LDN cible mes mécanismes spécifiques ? ». C'est le principe fondamental du raisonnement clinique en médecine de précision pour les maladies chroniques complexes.
| Tableau clinique | Pertinence LDN | Priorité relative |
|---|---|---|
| Fibromyalgie avec douleurs diffuses et composante inflammatoire | Élevée — mécanismes alignés, données cliniques disponibles | À discuter après échec, intolérance ou bénéfice insuffisant des approches validées |
| Covid long avec fatigue, douleurs, brouillard mental | Modérée — signal observationnel, mécanismes cohérents | À discuter uniquement comme piste hors AMM, en attendant les résultats randomisés |
| POTS pur sans signes inflammatoires | Faible — mécanismes autonomiques non ciblés par le LDN | D'autres approches à envisager en priorité |
| ME/CFS isolé | Incertaine — cohérence mécanistique, données insuffisantes | Décision individuelle avec médecin informé |
| Traitement opioïde en cours | Nulle ou très défavorable selon l'opioïde — arbitrage médical obligatoire | Ne pas initier |
En pratique, avant une consultation : notez vos symptômes dominants, listez vos traitements en cours, surtout opioïdes, et identifiez si des marqueurs inflammatoires usuels ont été mesurés (CRP, ferritine, bilan hépatique et rénal). Le LDN est une conversation médicale, pas une automédication.
Ce qu'on peut dire — et ce qu'on ne peut pas
📊 Synthèse épistémiqueLe bilan honnête est intermédiaire : mécanisme plausible, tolérance plutôt rassurante, efficacité encore incomplètement démontrée. On ne peut pas dire que le LDN marche pour tout le monde, que les preuves suffisent pour en faire un traitement de référence, ou que l'automédication est sans risque.
Voir le détail ↓| Indication | Niveau de preuve | Formulation calibrée |
|---|---|---|
| Fibromyalgie (douleur) | Signal hétérogène — petits essais positifs, essais récents moins favorables, méta-analyse prudente | Un effet moyen possible est suggéré, mais pas suffisamment établi pour en faire un standard |
| Fibromyalgie (fatigue, sommeil) | Non concluant — résultats secondaires variables selon les essais | On ne peut pas conclure sur ces paramètres |
| Covid long (ensemble des symptômes) | Préliminaire — études observationnelles sans contrôle ; essai randomisé terminé sans résultats publiés | Hypothèse plausible, efficacité non démontrée à ce jour |
| ME/CFS | Insuffisant — série de cas uniquement | Les données sont insuffisantes pour conclure |
| Mécanisme (neuroinflammation) | Bien documenté — in vitro + animal | Le mécanisme proposé est biologiquement plausible et documenté |
Ce que les données ne permettent pas encore de dire : qui va répondre, à quelle dose optimale, pendant combien de temps, et si les effets sont maintenus à long terme. Dans le Covid long, NCT05430152 est terminé mais les résultats ne sont pas encore disponibles publiquement.
🧩 Ce que l'on sait — et ce que l'on ne sait pas encore
Ce qui est établi concerne surtout la pharmacologie et la tolérance, tandis que l'efficacité clinique reste variable selon les indications. La naltrexone à faible dose repose sur des mécanismes pharmacologiques distincts de la naltrexone standard : blocage opioïde plus bref, hypothèse de rebond endorphinique, modulation microgliale via TLR4 surtout documentée en préclinique. Dans la fibromyalgie, les essais cliniques sont désormais plus nombreux, mais leurs résultats ne sont pas concordants.
Ce que l'on ne sait pas encore : qui va répondre et qui ne répondra pas, la dose optimale pour chaque profil, la durée de traitement pertinente, et si les effets se maintiennent à long terme. Dans le Covid long et le ME/CFS, les données restent préliminaires. L'essai randomisé NCT05430152 est terminé depuis février 2026, mais aucun résultat public n'était disponible au 10/05/2026.
Ce qu'il faut retenir
Le LDN est une piste hors AMM documentée, mais son efficacité n'est pas démontrée de façon robuste dans le Covid long ou le ME/CFS. À doses 10 à 30 fois inférieures aux doses standard, la naltrexone pourrait mobiliser une pharmacologie différente : blocage opioïde plus bref, hypothèse de rebond endorphinique, modulation microgliale préclinique via TLR4. Les données restent les plus fournies dans la fibromyalgie, mais elles sont mixtes : certains petits essais sont positifs, des essais plus récents ne confirment pas clairement un effet antalgique supérieur au placebo.
La décision d'essayer se prend avec un médecin, en tenant compte du profil individuel, des traitements en cours, du bilan hépatique/rénal et de la disponibilité d'une pharmacie de préparation magistrale. Une titration très progressive est indispensable. Un vieux médicament, une pharmacologie plausible, une piste encore incomplète — pas un raccourci thérapeutique.
Questions fréquentes
Le LDN est-il disponible en pharmacie en France ?
Non sous forme de spécialité commerciale. Le LDN nécessite une préparation magistrale dans une pharmacie équipée d'un laboratoire de préparation conforme aux Bonnes Pratiques de Préparation de l'ANSM. Il faut une ordonnance médicale. Tout médecin peut prescrire, sans restriction de spécialité. Le coût varie entre 30 et 60 €/mois selon la pharmacie et la forme.
Combien de temps avant de voir un effet ?
Les données disponibles et les pratiques de prescription suggèrent une titration progressive sur 4 à 8 semaines (paliers de 0,5 à 1 mg), et une évaluation réaliste à 3 mois. Certains paramètres comme la douleur peuvent évoluer plus rapidement. D'autres comme l'énergie ou la clarté mentale demandent plus de temps. L'absence d'amélioration à 3 mois est un signal d'arrêt raisonnable à discuter avec votre médecin. Tracer vos ressentis quotidiennement (avec Boussole ou un carnet) permet de documenter les évolutions sans les surinterpréter.
Peut-on associer le LDN à d'autres traitements ?
Le LDN est généralement bien toléré en association, mais les opioïdes sont le point critique. Les morphiniques de palier III, les agonistes-antagonistes et les traitements de substitution comme la buprénorphine ou la méthadone sont contre-indiqués avec la naltrexone. La codéine, la dihydrocodéine et le tramadol nécessitent aussi un arbitrage médical strict. Les antidépresseurs de type ISRS ou IRSN (duloxétine, milnacipran), souvent prescrits dans la fibromyalgie, ne sont pas contre-indiqués. La prégabaline non plus. Informez toujours votre médecin de l'ensemble de vos traitements.
Peut-on préparer le LDN soi-même en diluant des comprimés à 50 mg ?
Non. La dilution artisanale ne garantit pas une distribution homogène du principe actif dans le liquide. Elle expose à des risques réels de sous-dosage ou de surdosage, et potentiellement de contamination microbiologique. Le dosage au milligramme requiert une balance analytique à trois décimales et un environnement contrôlé, propres aux pharmacies de préparation magistrale. C'est une question de sécurité, pas de praticité — et cela s'applique même si des tutoriels en ligne prétendent le contraire.
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Essayer gratuitement →Sources
- Younger J, Noor N, McCue R, Mackey S. Low-dose naltrexone for the treatment of fibromyalgia: findings of a small, randomized, double-blind, placebo-controlled, counterbalanced, crossover trial assessing daily pain levels. Arthritis Rheum. 2013;65(2):529-38. Younger et al., 2013 — PubMed
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- Moser U. Low-Dose Naltrexone for Severe Fibromyalgia Syndrome: A Report of a Case With Two-Year Follow-Up. Cureus. 2025;17(5):e83824. Moser, 2025 — PubMed
- Varrassi G et al. Is Fibromyalgia a Fashionable Diagnosis or a Medical Mystery? Cureus. 2023;15(9):e44852. Varrassi et al., 2023 — PubMed
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- Base de données publique des médicaments. NALTREXONE ACCORD 50 mg, comprimé pelliculé sécable — Résumé des caractéristiques du produit. Contre-indications, interactions opioïdes et précautions hépatiques/rénales. BDPM — RCP naltrexone